Publié par : aprezman | 3 janvier 2010

Avatar, ou le rêve de l’enfant devenu dieu

Cet article est destiné à des lecteurs ayant déjà vu le film. Je le précise pour ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs.

Avatar est un film classique dans le sens hollywoodien du terme, avec un scénario prévisible et des personnages peu nuancés, tout blancs ou tout noirs. Mais au-delà de son caractère éminemment stéréotypé (les méchants militaires contre les gentils autochtones), il ressort de ce film une puissance et une émotion comme on en voit rarement au cinéma. Elles réveillent l’enfant qui dormait en nous et qui avait perdu le sens de la découverte, de l’émerveillement, et de sa dimension « infinie ». C’est cet aspect-là qui fera l’objet de cet article.

James Cameron utilise, pour nous capter, un double procédé immersif, à la fois technique et narratif.

Narratif, en nous faisant adopter le point de vue d’un personnage (Jack Sully) qui se trouve physiquement dans la même position que le spectateur : contraint à une immobilisation forcée, le héros étant la plupart du temps assis dans une chaise roulante, ou allongé. C’est d’ailleurs dans cette dernière position qu’il va « voyager » dans un autre corps, une autre vie, expérimenter un nouveau monde et de nouvelles expériences sensorielles. Et que faisons-nous d’autres, si ce n’est nous couper du monde réel pendant presque 3h en focalisant toute notre attention sur une expérience visuelle unique ? L’immersion étant naturellement accentuée par la technologie 3D, utilisée ici avec suffisamment d’intelligence pour ne pas transformer ces 2h41 en space mountain nauséeux.

Captif de ce double procédé d’enfermement (par l’émotionnel et par les sens), le spectateur est à même de recevoir avec d’autant plus de force le message qui sous-tend le film.

Ce message pourrait se résumer ainsi : l’Homme peut tout créer et tout réaliser, à partir du moment où il redevient un enfant.

C’est exactement ce qui arrive au héros. Au début du film, il est tel un fœtus, endormi dans une capsule cryogénique. Après le réveil, vient la (re)découverte de la mobilité dans un nouveau corps de chair, et l’expérimentation de sensations inédites. Avec la candeur d’un bébé qui apprend à marcher, il fait totalement abstraction des dégâts qu’il cause autour de lui lorsqu’il se lève pour la première fois. Ignorant les injonctions des médecins, il n’écoute que son désir de découverte et ne laisse exprimer que le plaisir qu’il éprouve. À ce stade, il est déjà presque souverain puisqu’il n’obéit qu’à son instinct. Presque, mais pas encore totalement, étant donné qu’il agit toujours en conformité aux ordres émis par sa hiérarchie. La vraie souveraineté ne lui sera acquise que lorsqu’il se sera coupé de tout système d’asservissement, émotionnel ou sociétal.

Ce statut d’enfant lui est brutalement jeté en pleine figure par Neyriti lors de leur première rencontre, où elle le qualifie de « stupide ». Derrière ce terme peu flatteur, elle signifie que Jake ne sait rien, ne comprend rien et ne respecte rien du monde qui l’entoure. Le bébé borné va donc se retrouver rapidement contraint à évoluer du stade d’enfant irresponsable à celui d’adulte avide d’apprendre et de comprendre, car ce qui faisait sa force jusqu’ici fait désormais sa faiblesse. Il lui faut donc s’adapter, et vite.

Cet apprentissage va être jonché de rituels et d’épreuves initiatiques, chacune d’entre elles ouvrant un nouveau palier d’évolution. Après s’être assurée que ses valeurs étaient comprises et intégrées (la scène de la chasse où Jake rend hommage à la vie de la créature qu’il vient de prendre), Neyriti offre à Jake une symbiose corporelle et psychique avec son monde, par diverses épreuves de capture de créatures, la plus impressionnante lui faisant quitter le sol pour lui faire découvrir la liberté de voler. Sa propre liberté.

Mais pour sauver sa nouvelle patrie de la destruction, Jake ne pourra se contenter d’être un adulte. Il lui faudra devenir un Dieu, afin d’espérer rallier à lui les différentes tribus Na’vis. Cette ultime transformation n’a pas lieu, comme on pourrait le penser, au moment où il capture la plus puissante et vénérée des créatures volantes, mais lorsqu’il accepte de faire le sacrifice de son ancien corps, pour transférer son esprit tout entier dans son Avatar. Dès lors, Jake a vaincu le dernier ennemi, l’ultime obstacle sur sa route : la mort elle-même. Le film se clôt alors sur une image éloquente : ses yeux s’ouvrent sur nous, nous renvoyant également à notre propre image, avec en filigrane l’interrogation suivante : et si nous étions, nous aussi, des dieux qui s’ignorent ?


Réponses

  1. Cette analyse est pas mal… mais il faut quelquefois sortir du bla bla habituel sur la candeur et sur le sacrifice… etc.

    Il ne faut pas oublier que le personnage principal Jake Sully, faisait partie d’un corps d’élite de l’armée américaine : les marines… donc ce personnage est aussi un tueur, c’est un guerrier-prédateur redoutable…
    ( il ne s’agit pas de voir que la candeur du côté enfant en lui…)

    [[ Dans le texte: "Il fait totalement abstraction des dégâts qu’il cause autour de lui lorsqu’il se lève pour la première fois. Ignorant les injonctions des médecins, il n’écoute que son désir de découverte et ne laisse exprimer que le plaisir qu’il éprouve. À ce stade, il est déjà presque souverain puisqu’il n’obéit qu’à son instinct."]]

    Oui… C’est clair… souvent les enfants se prennent pour le centre du monde, ils n’en font qu’à leur tête, ils sont egocentriques et joyeux… c’est clair, les enfants ne lutte pas contre l’ego…
    L’enfant ne rêve pas de devenir dieu, il est dieu, jusqu’au jour maudit où, on lui dit que, quelque chose qu’on nomme dieu existe et que son père est aux cieux !!!

    Autres choses importantes :

    Quand on apprend dans le film les légendes du Toruk (Le grand-Leonopteryx : le prédateur volant le plus craint et le plus respecté) et de ceux (quasiment des élus) qui ont réussi à le « dompter » … on se rend compte qu’il faut avoir des « couilles » et surtout de l’estime pour soi-même, pour oser aller faire ce que les autres Na’vis de Pandora, ne peuvent pas faire surtout par manque d’estime d’eux-mêmes : en effet ils doivent se dire : « qui suis-je pour aller défier le Toruk ? Je ne suis pas un élu… aller défier le Toruk serait un signe d’ego et bla bla bla… »

    Le héro Jake Sully qui n’écoute que son moi profond… il s’en fout de savoir ce qui est possible ou pas ; il écoute son instinct, il écoute son corps… et il fait ce qu’il a à faire !!!

    Il n’y a pas d’élus, il y a seulement, des personnes qui ont le courage de penser par elles-mêmes, de n’écouter que leur moi profond… il y a seulement des gens qui ont le courage de s’aimer eux-mêmes… il y a seulement des gens qui ont le courage de sortir de tout ce qui est « officiel » et remettre en cause toutes les balivernes qu’on nous racontent depuis des milliers d’années…

    Devenir un Toruk Macto comme Jake Sully dans ce film… c’est aller à la rencontre de son prédateur intérieur, avec courage, confiance et joie, car il est Nous… il faut qu’on entre contact avec notre Toruk intérieur (dans le film il le fait, par l’intermédiaire de sa « crinière ») … n’ayons pas peur et nous découvrirons que « dieu » s’y trouve… que le bonheur s’y trouve… et nous reprendrons définitivement notre souveraineté !!!

    Vous avez surement remarqué, la rapidité de Jake à maîtriser sa nouvelle biologie… son collègue (le scientifique) qui avait déjà piloté des avatars, n’arrivait même pas à le rattraper, lorsqu’il s’est échappé du laboratoire en courant…
    Jake, connait l’importance d’être présent à son corps physique, à ses perceptions, pour être efficace dans presque tous les domaines… Jake sait être présent et conscient !!!

    Cette histoire, n’est pas seulement l’histoire de l’enfant qui devient dieu, c’est aussi l’histoire du Guerrier-Conscient, Joyeux et Courageux qui devient dieu !!!

  2. Mouais… moralité: tuons les méchants soldats capitalistes qui nous empêchent de passer nos journées à jouer à World Of Warcraft (où plutôt ici à un Final Fantasy).


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