Publié par : aprezman | 15 février 2010

The Sky Crawlers, l’armée du ciel

Avertissement : cette critique contient des spoils et autres éléments de l’intrigue qui pourraient, une fois révélés, gâcher le plaisir du futur spectateur.

Mamoru Oshii, au gré de ses films, a fini par créer une œuvre à la fois contemplative et introspective, où le fond et la forme expriment le mal-être de personnages en quête d’un  sens à leur vie.

Avec The Sky Crawlers, son dernier film en date (sorti directement en vidéo en France), il ose un parti pris qui peut s’avérer intolérable pour celui qui s’attendait à y retrouver les codes familiers du cinéma. Dans une volonté d’épure jusqu’au-boutiste, Oshii fait abstraction d’un scénario solide, prolongeant des séquences vides au-delà du raisonnable. Son audace, c’est de faire du temps qui passe le vrai personnage de son film. Le malaise ressenti par le spectateur devient alors le reflet de l’ennui, de la mélancolie et de la perdition de jeunes pilotes perdus entre Ciel et Terre, complètement déconnectés d’eux-mêmes.

Dans un monde où la guerre n’existe plus, une nouvelle forme de spectacle est proposée aux foules : des combats aériens entre différentes compagnies. Cette guerre « factice », largement retransmise à la télévision (dans une atonie quasi générale), est menée par les Kildren, des enfants qui ne grandissent pas. Ces êtres sont programmés pour s’entretuer et mourir en vol, puis être remplacés comme de vulgaires machines.

Leur incapacité à accéder à des souvenirs à moyen et à long terme les confine à un statut d’enfant docile, obéissant, dont la seule valeur « marchande » repose sur d’extraordinaires compétences au vol. Le reste ne compte pas, n’existe pas, n’a aucune raison d’être. Les Kildren sont des coquilles vides. Et le film, avec un aplomb sidérant, défile devant nous à travers ce prisme et ce point de vue inhumain. Comme dans Ghost in the Shell, le réalisateur met le doigt sur les connivences entre la mémoire et la personnalité. Incapables de se remémorer d’où ils viennent (et pour cause), les Kildren sont voués à répéter éternellement les mêmes gestes, les mêmes erreurs, puisqu’ils ne peuvent apprendre et évoluer. Ils sont figés à jamais dans le présent.

Pourtant, deux personnages sortent du lot. Il y a Kannami, le pilote nouvellement arrivé, et sa supérieure hiérarchique, Kusanagi (qui porte d’ailleurs le même nom que l’héroïne de Ghost in the Shell). Eux en savent plus qu’ils ne devraient. Et ce savoir, loin de les libérer, va les confronter avec une angoisse palpable à l’horreur de leur condition. Malgré tout, Oshii clôt son film sur une note d’optimisme, juste après le générique de fin.

The Sky Crawlers est donc tout sauf un film grand public, et l’on peut comprendre qu’il n’ait pas bénéficié d’une sortie en salles dans l’hexagone. Le réalisateur continue d’explorer ses thèmes de prédilection tout en faisant un pied de nez aux canons du genre et en désamorçant méticuleusement tout ce qui aurait pu ressembler de près ou de loin à un climax (sauf rares exceptions). Une démarche qui, c’est certain, ne plaira pas à tout le monde, mais qui pourrait bien faire chavirer le cœur de ceux qui se laisseront transporter dans ce voyage au-delà du néant, romantique au sens noble du terme, et à la lisière de l’expérimental.

Mise à jour (19 février 2010) :

Pour contrebalancer le sérieux de mon article, je ne peux m’empêcher de vous inviter à lire cette désopilante chronique qui exprime à merveille mon ressenti concernant l’incroyable foutage de gueule de la « promo » faites par Wild Side autour du film. Mention spéciale pour la bande annonce, à se pisser littéralement dessus (pour ceux qui ont vu le film bien sûr).

Publié par : aprezman | 29 janvier 2010

Y a-t-il une place pour l’iPad d’Apple ?

Je ne sais pas si la nouvelle merveille de Steve Jobs connaîtra un avenir radieux ou les tréfonds obscurs de l’oubli qu’ont connu de précédentes machines Apple, telles le Newton ou le Cube.

En tout cas, à peine annoncé, l’iPad déchaine les passions : certains louent son design, son pragmatisme, sa simplicité d’utilisation, et surtout son prix, quand d’autres lui reprochent les défauts de l’iPhone (en particulier d’être non multitâche et restreint aux logiciels maison), ainsi que l’absence d’éléments comme un appareil photo, une webcam, des ports externes…

Alors, une fois n’est pas coutume, je vais parler de mon expérience personnelle, en rappelant ceci : chacun a des besoins spécifiques. Ce n’est pas parce qu’une machine ne nous convient pas qu’elle ne peut convenir à quelqu’un d’autre.

Je possède un MacBook  13’ et un iPhone 16 Go. Le premier est, naturellement, mon outil de travail principal. Mais en raison de sa taille et de son poids, il est réduit à rester à domicile. Bien que portable, je le déplace donc très rarement, en particulier si je dois, en plus, emporter son chargeur avec moi. Je garde encore le souvenir du Powerbook 12’ qui, lui, était vraiment conçu pour le nomadisme. Alors, à la place, j’utilise mon iPhone à l’extérieur, en guise de mini ordinateur de substitution. Mais il ne m’est pas possible de réellement travailler avec, en raison de la taille de l’écran (et du clavier virtuel). Pour une personne comme moi qui utilise essentiellement son ordinateur pour faire de la saisie de texte, l’iPhone est certes idéal pour surfer, écouter de la musique ou relever ses mails, mais il ne peut servir d’outil de travail.

J’espérais donc un objet qui soit « à mi-chemin » entre un smartphone et un ordinateur portable. J’ai longtemps hésité à acheter un Netbook, mais après en avoir essayé un, il m’est apparu que leur seul réel intérêt résidait dans leur tarif agressif. Pour le reste, je les trouve lents, dotés d’un clavier peu agréable, et d’une autonomie trop limitée.

Et voilà qu’arrive l’iPad. J’ai dressé la liste des avantages et des défauts que je lui trouve, mais encore une fois, tout ceci n’est que le reflet de mes besoins personnels. Un autre utilisateur fera un constat certainement différent.

Les +

La taille et le poids. Avec ses 24cm de hauteur et ses 700g, je peux le glisser dans une petite sacoche et l’emmener quasiment partout avec moi.

L’autonomie. Les 10h annoncées font saliver. Mais comme toujours avec Apple, il faudra tester la machine en conditions réelles pour s’assurer que ces chiffres ne sont pas « gonflés »…

Le traitement de texte. Une nouvelle version d’iWork, spécialement conçue pour l’iPad, devrait offrir un confort de saisie appréciable.

Les –

Absence du multitâche. Lors de certains travaux, j’ai besoin de retranscrire des discussions MP3 en fichiers textes. Il me faut donc interrompre à intervalles réguliers les MP3 et pouvoir remonter ou avancer dedans de quelques secondes, sans quitter mon document texte. Mon MacBook le permet sans problème, grâce aux touches de contrôle direct à iTunes, mais je ne suis pas certain de pouvoir en faire autant avec l’iPad, à moins qu’une application spécifique ne sorte ultérieurement.

Le coût de l’abonnement 3G. À rajouter au prix de la machine. Pour l’instant, rien n’a été communiqué concernant les modalités d’accès à la 3G par le biais d’un opérateur. Je paye déjà un abonnement pour internet et un autre pour mon téléphone portable. Apple est sans doute en train de négocier ses offres d’accès avec eux. La solution qu’elle a trouvé aux Etats-Unis est assez séduisante : l’activation de l’accès 3G se fait de chez soi, par le biais de l’iPad (et du fournisseur AT&T) et surtout via une formule d’abonnement mensuel non contractuel (on peut l’interrompre à tout moment). 15$ pour 250 Mo de données échangées, ou 30$ pour des données illimitées. Dans le cadre d’un voyage en France, cela pourrait être intéressant si je me rends dans un lieu qui ne propose pas d’accès wifi. Et à mon retour, il me serait facile de me désinscrire. Un accès à internet partout et en toute circonstance serait donc pratique, mais pas forcément indispensable. Je pense pouvoir me contenter du wifi seul, mais là encore, tout dépendra des offres des opérateurs tiers concernant la 3G.

En résumé, comme l’iPhone à ses débuts, je pense que le potentiel de l’iPad est sous-estimé et qu’il nous réserve des surprises. L’écran tactile plus grand que celui de l’iPhone, les technologies embarquées astucieuses et les nombreux développeurs qui sont déjà sur les rangs pour concevoir « l’application ultime », transformeront probablement cette curiosité en un objet incontournable. En se rappelant que l’iPhone, si décrié à ses débuts, a fini, peu à peu, par combler quasiment toutes ses lacunes et ses « imperfections », que ce soit au niveau hardware ou logiciel. On aura l’occasion d’en reparler lors de sa sortie, à la fin du mois de mars, si tout va bien. D’ici là, Apple aura sorti la 4ème version d’iPhone/iPad OS, et c’est peut-être de là que viendront les bonnes surprises…

Publié par : aprezman | 4 janvier 2010

Le Jovialisme, une philosophie de l’ego


Je tiens à préciser que je ne suis absolument pas en accord avec les propos de cette personne. J’estime que la recherche du plaisir pour le plaisir ne mène qu’à une insatisfaction perpétuelle, et qu’un ego trop fort empiète nécessairement sur la conscience et la considération que nous pouvons avoir les uns des autres. Mais je le trouve très sincère dans sa démarche et son point de vue (d’une originalité rafraîchissante) mérite d’être entendu, soupesé, et pourquoi pas adopté si certaines personnes s’y retrouvent à travers leur propre cheminement de vie.

Publié par : aprezman | 3 janvier 2010

Avatar, ou le rêve de l’enfant devenu dieu

Cet article est destiné à des lecteurs ayant déjà vu le film. Je le précise pour ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs.

Avatar est un film classique dans le sens hollywoodien du terme, avec un scénario prévisible et des personnages peu nuancés, tout blancs ou tout noirs. Mais au-delà de son caractère éminemment stéréotypé (les méchants militaires contre les gentils autochtones), il ressort de ce film une puissance et une émotion comme on en voit rarement au cinéma. Elles réveillent l’enfant qui dormait en nous et qui avait perdu le sens de la découverte, de l’émerveillement, et de sa dimension « infinie ». C’est cet aspect-là qui fera l’objet de cet article.

James Cameron utilise, pour nous capter, un double procédé immersif, à la fois technique et narratif.

Narratif, en nous faisant adopter le point de vue d’un personnage (Jack Sully) qui se trouve physiquement dans la même position que le spectateur : contraint à une immobilisation forcée, le héros étant la plupart du temps assis dans une chaise roulante, ou allongé. C’est d’ailleurs dans cette dernière position qu’il va « voyager » dans un autre corps, une autre vie, expérimenter un nouveau monde et de nouvelles expériences sensorielles. Et que faisons-nous d’autres, si ce n’est nous couper du monde réel pendant presque 3h en focalisant toute notre attention sur une expérience visuelle unique ? L’immersion étant naturellement accentuée par la technologie 3D, utilisée ici avec suffisamment d’intelligence pour ne pas transformer ces 2h41 en space mountain nauséeux.

Captif de ce double procédé d’enfermement (par l’émotionnel et par les sens), le spectateur est à même de recevoir avec d’autant plus de force le message qui sous-tend le film.

Ce message pourrait se résumer ainsi : l’Homme peut tout créer et tout réaliser, à partir du moment où il redevient un enfant.

C’est exactement ce qui arrive au héros. Au début du film, il est tel un fœtus, endormi dans une capsule cryogénique. Après le réveil, vient la (re)découverte de la mobilité dans un nouveau corps de chair, et l’expérimentation de sensations inédites. Avec la candeur d’un bébé qui apprend à marcher, il fait totalement abstraction des dégâts qu’il cause autour de lui lorsqu’il se lève pour la première fois. Ignorant les injonctions des médecins, il n’écoute que son désir de découverte et ne laisse exprimer que le plaisir qu’il éprouve. À ce stade, il est déjà presque souverain puisqu’il n’obéit qu’à son instinct. Presque, mais pas encore totalement, étant donné qu’il agit toujours en conformité aux ordres émis par sa hiérarchie. La vraie souveraineté ne lui sera acquise que lorsqu’il se sera coupé de tout système d’asservissement, émotionnel ou sociétal.

Ce statut d’enfant lui est brutalement jeté en pleine figure par Neyriti lors de leur première rencontre, où elle le qualifie de « stupide ». Derrière ce terme peu flatteur, elle signifie que Jake ne sait rien, ne comprend rien et ne respecte rien du monde qui l’entoure. Le bébé borné va donc se retrouver rapidement contraint à évoluer du stade d’enfant irresponsable à celui d’adulte avide d’apprendre et de comprendre, car ce qui faisait sa force jusqu’ici fait désormais sa faiblesse. Il lui faut donc s’adapter, et vite.

Cet apprentissage va être jonché de rituels et d’épreuves initiatiques, chacune d’entre elles ouvrant un nouveau palier d’évolution. Après s’être assurée que ses valeurs étaient comprises et intégrées (la scène de la chasse où Jake rend hommage à la vie de la créature qu’il vient de prendre), Neyriti offre à Jake une symbiose corporelle et psychique avec son monde, par diverses épreuves de capture de créatures, la plus impressionnante lui faisant quitter le sol pour lui faire découvrir la liberté de voler. Sa propre liberté.

Mais pour sauver sa nouvelle patrie de la destruction, Jake ne pourra se contenter d’être un adulte. Il lui faudra devenir un Dieu, afin d’espérer rallier à lui les différentes tribus Na’vis. Cette ultime transformation n’a pas lieu, comme on pourrait le penser, au moment où il capture la plus puissante et vénérée des créatures volantes, mais lorsqu’il accepte de faire le sacrifice de son ancien corps, pour transférer son esprit tout entier dans son Avatar. Dès lors, Jake a vaincu le dernier ennemi, l’ultime obstacle sur sa route : la mort elle-même. Le film se clôt alors sur une image éloquente : ses yeux s’ouvrent sur nous, nous renvoyant également à notre propre image, avec en filigrane l’interrogation suivante : et si nous étions, nous aussi, des dieux qui s’ignorent ?

Publié par : aprezman | 31 décembre 2009

Le père Noël est en retard !

Il est temps de faire un peu de tri chez moi, et de me séparer de bon nombres de mangas qui prennent trop de place. J’en profite donc pour faire la vitrine de ce que je revends sur eBay, au cas où ça intéresserait certains de mes lecteurs…

Studio Voice n°255 (mars 1997)

Un magazine japonais que j’avais eu la chance de trouver à l’époque où je traduisais la série pour Dynamic Visions. Studio Voice n’est pas ciblé otaku à l’origine, c’est une revue classieuse qui aborde un thème différent à chaque numéro. Ici, c’est un peu comme si Le Nouvel Observateur consacrait un tiers de son volume à Goldorak… (38 pages sur 110 dans le cas présent)

Revue de belle qualité, tout en japonais, et bien évidemment introuvable aujourd’hui.

Lien de vente sur eBay

On continue toujours avec Gainax, cette fois-ci avec le manga qui fut à l’origine de la série humoristique « Ebichu », elle aussi réalisée par Hideaki ANNO (Evangelion). Une série de gags dessinée par Risa ITO, dans un style volontairement caricaturiste, façon « Shin-Chan ». Tout en japonais, là aussi.

Lien de vente eBay

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